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Jean VAUTHIER

Jean Vauthier naît en 1910 à Grâce-Berleur (aujourd'hui Grâce-Hollogne) en Belgique. Après une petite enfance au Portugal où son père construit un pont métallique, il n'a que six ans lorsque la paralysie accidentelle de son frère aîné fixe la famille près de Bordeaux.
Il n'est sans doute pas indifférent qu'il se soit imprégné de musique aux côtés de sa mère, ait fait un long détour par la peinture, ni que, "monté" à Paris en 1937, il ait été fasciné par l'exigence artistique de la chorégraphe Renée Ducos. La décision d'accomplir un besoin d'écrire étouffé depuis l'enfance avait été prise dès 1932... Mais les drames familiaux le rappellent à Bordeaux. En 1938, débute un travail régulier à La Petite Gironde puis à Sud-Ouest, comme journaliste et surtout dessinateur. Son père meurt en 1943. Il commence pourtant à écrire mais détruit ses textes comme il détruira sa peinture. De cette époque ne subsiste qu'une nouvelle dédicacée à Jean Lagénie en 1944 : Les Gangsters.
1949 marque une étape décisive puisqu'il abandonne tout emploi pour se consacrer à l'écriture et mener à bien Capitaine Bada, sa pièce, depuis, la plus célèbre. "Cette pièce, ,je l'ai portée sans doute à mon insu très longtemps en moi ; elle traite du drame de l'artiste, des affrontements avec les femmes, des notions de pardon, de générosité, de rancune (...). Mais il serait dangereux de la réduire aux difficultés de la création artistique. Ce serait la limiter. Bada, en réalité, c'est l'homme empêché, l'homme non pas détruit mais sur le point de l'être, que sa propension au jeu et à l'enfantillage maintient dans un état d'enfance prolongée. Il n'est jamais adulte, car il n'est pas d'artiste qui soit adulte."
Gérard Philipe et André Reybaz, auxquels Jean Vauthier a adressé le manuscrit de Capitaine Bada, vont très vite donner une audience nationale à l'oeuvre de l'auteur. Reybaz commande à Vauthier un impromptu pour le festival d'Arras en 1951 avant de créer Capitaine Bada au Théâtre de Poche à Paris en 1952. La même année, La Nouvelle Mandragore, inspirée de Machiavel, est mise en scène et interprétée par Gérard Philipe au TNP avec Jeanne Moreau, Georges Wilson, Jean-Pierre Darras, Daniel Sorano. Lorsque sa mère disparaît en 1953, il commence à écrire Le Personnage combattant. Pièces et mises en scènes se succèdent alors. Jean-Louis Barrault crée Le Personnage combattant en 1956 au Théâtre Marigny ; Les Prodiges, créés en allemand en 1959, sont mis en scène par Claude Régy au TNP avec Judith Magre et George Wilson en 1971 (puis par Jacques Rosner et l'auteur en 1976) ; et Georges Vitaly met en scène Le Rêveur au Théâtre La Bruyère en 1961.
Jean Vauthier écrit aussi pour la radio L'Episode imaginaire (1955) pour la série de Jacques Panigel Les Grands Mensonges et fait une incursion à la télévision en écrivant le scénario Le Chalet sous la neige pour Roger Iglésis avec Michel Piccoli (1959). En 1961, Nico Papatakis lui commande le scénario et les dialogues du film Les Abysses. Il peut alors acquérir un appartement à Paris... mais rien, pas même la mort de son frère en 1968, ne rompt son attachement à Bordeaux, lieu refuge pour créer. Il écrit également un scénario pour Jean Chapot Les Pins Francs mais le film n'est jamais réalisé.
En 1962, Antoine Bourseiller intègre Badadesques dans un spectacle réunissant également des textes de Billetdoux et de Ionesco.
En 1965, Jean Vauthier rencontre Marcel Maréchal. Ce dernier recrée d'abord Badadesques au Théâtre de Lutèce avec Emmanuelle Riva puis Capitaine Bada au Théâtre des Marronniers à Lyon en compagnie de Luce Mélite. Le spectacle est un triomphe autant pour l'auteur que pour le metteur en scène-interprète et le début d'une longue et riche collaboration entre les deux hommes. Pour Maréchal et sa troupe, Jean Vauthier, à partir de La Tragédie du vengeur de Cyril Tourneur (écrivain de la période élisabéthaine, domaine de prédilection de Vauthier) écrit Le Sang, "fête théâtrale" qui célèbre toutes les confusions possibles entre l'illusion et la réalité, créée au Théâtre du Huitième de Lyon en 1970. Toujours avec Maréchal, il renouvelle l'expérience en "détournant" Arden de Faversham qui devient Ton Nom dans le feu des nuées, Elisabeth (Théâtre du Gymnase de Marseille, 1976, avec Judith Magre dans le rôle d'Elisabeth). "Chez Vauthier, dit Eugène Durif, les adaptations deviennent par la force de son écriture et la maîtrise de son lyrisme, oeuvres originales, ou oeuvres en lesquelles l'original est miraculeusement retrouvé", comme en témoigne Roi Lear de Shakespeare, version française pour la scène, écrite encore pour Marcel Maréchal (Théâtre de la Criée, Marseille, 1984).
D'autres compagnons artistiques accompagnent le parcours de Jean Vauthier : Jorge Lavelli, qui suscite l'adaptation de la tragédie de Sénèque, Médéa (1967), Patrice Chéreau, pour lequel il fait une adaptation et transposition scénique de Massacre à Paris de Marlowe (TNP Villeubanne, 1972), Jean Deschamps à qui il confie son adaptation de L'Othello de Shakespeare (Festival de Carcassonne, 1974). Claude Mourthé, avec Les Petites Lumières (1959) et Georges Peyrou pour Faversham (avec Maria Casarès) ou La Mort facile (1972), ont mis en ondes des versions radiophoniques du Rêveur, de Ton Nom dans le feu des nuées, Elisabeth et du Massacre à Paris.
C'est encore à la Criée en novembre 1986 que Jean Vauthier donne une lecture publique de quelques pages de L'Ile, projet de pièce qui lui tenait à coeur depuis 1965 mais qui restera inachevé. Puis pour les dix ans du Théâtre de la Criée, il écrit un autre fragment Les Trocs sur une commande de Marcel Maréchal. En 1990, l'auteur est encore présent à toutes les manifestations qui marquent l'inauguration de la salle Jean Vauthier au Théâtre du Port de la Lune à Bordeaux. Jean-Louis Thamin reprend l'adaptation de Roméo et Juliette puis La Nouvelle Mandragore, tandis que Francine Bergé lit Médéa et Marcel Bozonnet Les Prodiges. En juin de la même année, il reçoit le Grand Prix de la SACD. Il meurt le 5 mai 1992.
"Si Jean Vauthier a vu créer ses pièces par les plus grands metteurs en scène, il a toujours accompagné leur travail en multipliant les indications scéniques et les commentaires et en suivant les répétitions. Selon lui, "le travail de l'auteur, dans les nouvelles orientations du théâtre, ne s'arrête qu'après la bonne interprétation de son oeuvre ; il n'existe presque pas jusque-là". Un peu à la manière d'Antonin Artaud, son théâtre se veut total, intégrant à côté des paroles, les cris, les sons et les gestes. L'auteur se doit ainsi d'orchestrer le plus méticuleusement possible une véritable partition. Grand magicien du Verbe, il insuffle à ses personnages cette liberté de création verbale où ils sont mus par une volonté de dépassement, d'absolu, et d'élan spirituel tout au long d'un débat héroïco-burlesque. La figure la plus marquante est celle de Bada, héros d'une tragédie du quotidien jusqu'au délire. La parole et le théâtre sortent grandis de cette incarnation en des personnages qui en font un usage immodéré et dont l'auteur sait souligner les innombrables faiblesses. Jean Vauthier "nous rappelle une vérité incommode et narquoise : que le texte de théâtre n'existe que comme poésie dramatique ; que c'est sa ressource poétique qui est au principe de sa capacité spectaculaire ; et que donc, les auteurs véritables, sont d'abord les poètes de la scène". Denis Guénoun
Jean Vauthier a reçu plusieurs prix et décorations :
1980 Prix du Théâtre de la SACD
1981 Chevalier des Arts et Lettres
Prix Delmas de l'Académie Française
Prix de la Ville de Paris (littérature dramatique)
1982 Chevalier de la Légion d'Honneur
1984 Grand Prix du Théâtre de l'Académie Française
1990 Commandeur des Arts et Lettres
Grand Prix de la SACD
Médaille de la Ville de Bordeaux
1991 Officier de la Légion d'Honneur

 

adaptation | radio | scénario | théâtre | 

adaptation
Roi Lear de Shakespeare (1982 - 1983) ++
L'Othello de Shakespeare (1974) ++
Le Massacre à Paris (1971) ++
Medea (1966) ++
Roméo et Juliette (1956) ++

radio
Faversham (1970) ++
La Fille d'honneur (1960) ++
L'Episode imaginaire (1955) ++

scénario
Molière (1972 - 1973) ++
Les Pins francs (1962 - 1963) ++
Les Abysses (1961) ++
Le Chalet sous la neige (1959) ++

théâtre
Ton Nom dans le feu des nuées, Elisabeth (1973) ++
Le Sang (1966 - 1969) ++
Badadesques (1959 - 1962) ++
Le Rêveur (1957 - 1959) ++
Les Prodiges (1956 - 1957) ++
La Nouvelle Mandragore (1952) ++
L'Impromptu d'Arras (1951) ++
Le Personnage combattant (1951 - 1954) ++
Capitaine Bada (1949 - 1950) ++
 

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