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Georges PEREC

Georges Perec est né en 1936 à Paris, de parents juifs polonais émigrés en France vers la fin des années 1920. Son père, engagé volontaire, est mortellement blessé en juin 1940 ; sa mère est arrêtée en janvier 1943, internée à Drancy puis déportée à Auschwitz, d'où elle ne reviendra pas. Le jeune orphelin est élevé par sa tante paternelle et son mari. Après sa scolarité au lycée Claude Bernard, puis à Etampes, des études d'histoire et de sociologie, il forme très vite le projet de devenir écrivain. Il dira en parlant de ses parents : "J'écris parce qu'ils ont laissé en moi leur trace indélébile et que la trace en est l'écriture ; l'écriture est le souvenir de leur mort et l'affirmation de ma vie." Et ailleurs : "Ecrire : essayer méticuleusement de retenir quelque chose, de faire survivre quelque chose..."
Les premiers romans, L'Attentat de Sarajevo, Le Condottiere, J'avance masqué, sont refusés par les éditeurs. Le succès vient avec Les Choses, prix Renaudot en 1965. Désormais, il consacre sa vie à l'écriture, même si, jusqu'en 1978, il conserve un emploi de documentaliste dans un laboratoire de recherche médicale. Il rejoint en 1967 l'OuLiPo (Ouvroir de Littérature Potentielle) où il peut donner libre cours à son goût pour les contraintes formelles.
Georges Perec ne cessera d'écrire et de publier, couvrant à peu près tous les genres avec une oeuvre multiforme, qui comprend entre autres Quel petit vélo à guidon chromé au fond de la cour ? (1966, récit), Un homme qui dort (1967, roman dont il tirera un film réalisé par Bernard Queysanne en 1974), La Disparition (1969, roman lipogrammatique sans E), Les Revenentes (1972, roman monovocalique en E), La Boutique obscure (1973, 124 récits de rêves), Espèces d'espaces (1974, essai), W ou le Souvenir d'enfance (1975, alternance d'un récit autobiographique et d'une fiction), Je me souviens (1978), La Vie mode d'emploi (1978, somme romanesque qui lui vaut le prix Médicis), Mots croisés (1979), Un Cabinet d'amateur (1979, récit), Récits d'Ellis Island, récits d'errances et d'espoir (1980, en collaboration avec Robert Bober).
Les textes dramatiques occupent finalement une place plutôt restreinte dans son écriture : deux pièces ont été publiées par Hachette en 1981, L'Augmentation (créée en 1970 au Théâtre de la Gaîté-Montparnasse par Marcel Cuvelier), et La Poche Parmentier (Robert Condamin, Théâtre de Nice, 1974). Elles ont été traduites et publiées en allemand, italien, espagnol, polonais. D'autre part, il a écrit plusieurs pièces pour la radio allemande (traduites par Eugen Hemlé et souvent éditées en allemand mais pas en français) dont Die Maschine (1968), Wucherungen (traduction et adaptation radiophonique de L'Augmentation - 1968), mais également, deux textes en collaboration avec Philippe Drogoz et Eugen Helmlé : Tagstimmen (1971) et Konzertstück für Sprecher und Orchester (1974), ou encore Der Mechanismus des Nervensystems im Kopf (1972) créée en France dans une version théâtrale par Jean Guerrin en 1992 sous le titre de Fonctionnement du système nerveux dans la tête, et Der Teufel in der Bibliothek (1991). Un feuilleton en 165 épisodes, Les Extraordinaires Aventures de Monsieur Eveready, a été diffusé sur Radio-Abidjan durant six mois en 1970. Par ailleurs, certaines de ses oeuvres ont été adaptées pour le théâtre dont principalement : Je me souviens, créée et jouée par Samy Frey au Festival d'Avignon en 1988 puis traduite et représentée dans de nouvelles mises en scène en Italie, La Vie mode d'emploi, créée à Montreuil en 1982 sous la direction de Jean Guerrin puis au Festival d'Avignon par René Farrabet en 1988, 243 cartes postales en couleurs véritables, traduite en suédois et créée à Stockholm par Magnus Hedlund en 1991, W ou le Souvenir d'enfance, adaptée et mise en scène par Bernard Palmi au Théâtre de la Minoterie à Marseille en 1991.
Il meurt prématurément le 3 mars 1982 (il allait avoir 46 ans) en laissant un roman inachevé, 53 jours.
"Il prenait son bien n'importe où, comme on butine. Il avait horreur des doctrines. D'abord, il était poète et il a esquissé la plupart des bricolages de l'imagination. La création était un jeu au sens le plus riche du mot : une activité inutile qu'entretient son propre plaisir...
Les spectacles du Théâtre National Populaire lui paraissait trop finis. Je me souviens que, seul, le personnage de Lorenzaccio l'intéressa. Un soir, devant quelques amis, dans le grenier où je logeais alors, Francis Ponge lut un poème sur le soleil. Un de ses plus grands. Perec fut déprimé, pour une semaine, par tant d'achèvement.
Le fascinaient, cependant, les manipulations préparatoires dont Roger Blin parlait dans l'atelier d'Atlan : l'oeuvre n'était pas finie, elle était en train de s'élaborer, de chercher sa forme par d'incertaines variations. Les jeux de l"Oulipo", les mots-croisés, les mutilations du langage, tout cela s'attache à la prémonition d'une chose possible qui ne serait jamais achevée. Et ses romans sont construits autour d'une charade.
Plus tard, je crois avoir senti la raison de cette inquiétude par laquelle son talent s'épanouit. Perec n'était pas un homme de la vue, mais de l'ouïe. Ce qui lui arrivait par l'oreille était plus intense que ce qui lui venait du regard. Ainsi, lorsque Trutat nous fit venir l'un et l'autre pour un comité de lecture de pièces radiophoniques, j'ai perçu l'attention passionnée, scrupuleuse que Perec portait au manuscrit dont on allait ou non favoriser l'écoute. Il entendait le dialogue et l'entendait dans l'espace des sons diffusés. Où sont les notes qu'il rédigeait avec un soin minutieux, sur Sarraute, Duras et bien d'autres ?
Quand, avec Paul Virilio, nous avons publié la revue Cause Commune, il nous parla longuement de ces "Hörspiele" qu'il écrivait pour la radio allemande. "Hörspiel", jeu d'écoute : aucun terme ne lui convenait mieux. Nous en avons publié un, en 72 : Fonctionnement du système nerveux dans la tête. (...)
Marshall McLuhan, nous l'avons rencontré au temps de Cause Commune. Perec parlait assez bien l'anglais pour échanger avec lui des plaisanteries. L'un et l'autre étaient gens d'humour et de charades. Le Canadien avait un registre plus large que celui dont l'ont doté les commentateurs français, et il se souvenait d'avoir débuté en suivant Joyce à la piste.
Il dit que le message reçu par l'oreille est chargé de plus de sens que celui qu'apporte l'image, que l'émotion, la passion et la pensée sont plus souvent véhiculées par l'ouïe que par l'oeil. Cela nous confirmait dans l'attention que nous portions à l'écoute de la radio et à cette transmission dramatique qui a sans doute, alors, aidé le public à entrer au théâtre.
Dans l'oeuvre de Perec, il y a une part de cette voix parlante musicale ou littéraire. Il y a sans doute une écriture particulière de ceux qui écoutent."
Jean Duvignaud L'Almanach de l'hypocrite De Boeck Université, 1990.

 

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radio
Les Extraordinaires Aventures de Monsieur Eveready (1970) ++
Le Diable dans la bibliothèque (1967) ++

théâtre
Fonctionnement du système nerveux dans la tête (1971) ++
La Poche Parmentier (1971) ++
L'Augmentation (1969) ++
 

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