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Nathalie SARRAUTE

Née en 1900 à Ivanovo-Voznessensk, Russie
Née d'un père industriel et d'une mère écrivain, Natacha Tcherniack partage son enfance entre la Russie et la France à la suite du divorce de ses parents en 1902. A partir de 1909, son père s'installe définitivement en France et c'est à Paris qu'elle continue sa scolarité. Elle obtient une licence d'anglais en 1920, séjourne un an à Oxford pour étudier l'histoire et une autre année à Berlin, en lettres et en sociologie. De retour à Paris, elle passe une licence de droit et s'inscrit au Barreau. En 1925, elle épouse un avocat, Raymond Sarraute, qui l'incite à se consacrer à la littérature.
Entre 1932 et 1937, elle écrit une série de textes brefs, intitulés Tropismes, qui contiennent en germe l'essentiel de son oeuvre. Elle définit elle-même les tropismes - terme emprunté à la biologie - comme "des mouvements indéfinissables, qui glissent très rapidement aux limites de notre conscience ; ils sont à l'origine de nos gestes, de nos paroles, des sentiments que nous manifestons, que nous croyons éprouver et qu'il est possible de définir. Ils me paraissaient et me paraissent encore constituer la source secrète de notre existence" (1) Tropismes paraît en 1939 chez Denoël après avoir été refusé par Gallimard et Grasset entre autres. Le livre ne rencontre que peu d'échos. Pendant la guerre, elle doit se cacher pour échapper aux persécutions contre les juifs et se fait passer pour l'institutrice de ses propres filles. Elle commence la rédaction de Portrait d'un inconnu. Achevé en 1946, le roman devra attendre deux ans, malgré une préface de Jean-Paul Sartre, avant d'être publié par un jeune éditeur Robert Marin. Une fois encore, Nathalie Sarraute passe à peu près inaperçue. Elle persévère pourtant, produisant une oeuvre essentiellement romanesque. Avec Martereau en 1953, elle est publiée pour la première fois chez Gallimard qui suivra désormais toute son oeuvre. En 1956, sort L'Ere du soupçon, essai qui fera date dans l'histoire de la critique littéraire et qui assure sa notoriété. Elle y expose sa critique de la littérature conventionnelle, sa conception du personnage et de l'intrigue, affirme le sens et la vocation qu'elle attribue à l'écriture et devient par là-même une pionnière du Nouveau Roman. Suivent Le Planétarium (1959), Les Fruits d'or (1963, couronné en 1964 par le prix international de littérature), Entre la vie et la mort (1968), Vous les entendez (1972), Disent les imbéciles (1976), L'Usage de la parole (1980), Enfance (1983), Tu ne t'aimes pas (1989), Ici (1995), Ouvrez (1997). Depuis, ses textes sont traduits en plus de 26 langues... Son oeuvre complète est publiée dans la Pléïade en 1996.
Elle vient au théâtre tardivement, en 1964, et presque malgré elle à la suite d'une commande insistante de Werner Spies de la radio de Stuttgart : "J'avais toujours pensé qu'il ne me serait pas possible d'écrire pour le théâtre parce que tout y est dit dans le dialogue et que chez moi ce qui était important c'était ce que l'on appelait la "sous-conversation", le "pré-dialogue". Le dialogue, c'est l'affleurement en dehors de ce qui a été préparé par ces mouvements intérieurs, ces tropismes. Il me semblait impossible d'écrire tout cela en dialogue. Puis, un jour, quand on m'a demandé une pièce pour la radio de Stuttgart, je me suis dit que peut-être il serait amusant, intéressant de mettre dans le dialogue de théâtre justement tout ce qui est pré-dialogue dans le roman". (2)
C'est ainsi qu'elle écrit pour la radio, Le Silence et Le Mensonge, portées à la scène par Jean-Louis Barrault en 1967 puis Isma, créée par Claude Régy en 1973. Les deux pièces suivantes sont mises en scène par Claude Régy : C'est beau en 1975 et Elle est là en 1978 ; la dernière en date Pour un oui ou pour un non, par Simone Benmussa en 1986.
En 1996, elle reçoit le Grand Prix SACD.
Parlant de son théâtre, Nathalie Sarraute s'exprime ainsi :
"Les personnages se sont mis à dire ce que d'ordinaire on ne dit pas. Le dialogue a quitté la surface, est descendu et s'est développé au niveau des mouvements intérieurs qui sont la substance de mes romans. Il s'est installé d'emblée au niveau du pré-dialogue (...)
Si la forme employée était insolite, le spectateur ne pourrait pas revivre aussitôt ces drames qui, dans la vie réelle, sont confusément et globalement pressentis. Il faut que la sensation, le ressenti, passe vite, ait une force d'impact immédiate, porté par des mots familiers. (...)
De plus, il me semble que, pour les spectateurs auxquels je m'adresse, ce contraste entre le fond insolite et la forme familière donne à ces mouvements, d'ordinaire cachés, un caractère plus dramatique, plus violent. Et aussi parfois, il produit un effet comique, un effet d'humour. L'insolite, enrobé dans du connu, du familier, fait rire. J'aime rire parfois moi-même en écrivant. (...)
Cette expérience intérieure qui est pour certains personnages (et vraiment, plus que de personnages, il s'agit ici de porteurs de mouvements (...), cette expérience qui est pour certains personnages quelque chose de naturel, d'irrésistible, d'évident, est pour d'autres insupportable. Ils veulent à tout prix se maintenir à la surface, parmi leurs paysages familiers, sur la terre ferme depuis longtemps connue et prospectée où ils ont l'habitude de vivre. Si on les entraîne vers le fond, ils se débattent, c'est pour eux une descente aux enfers de l'anomalie, de la folie, ils veulent remonter à la surface. D'où le constant mouvement dans mes pièces, de haut en bas et de bas vers en haut (...).
Quant au sujet, il est chaque fois ce qui s'appelle "rien", qui est le second titre d'une de mes pièces.
Pourquoi "rien" ? Parce qu'il faut que la carapace du connu et du visible soit percée sur un point infime, que la craquelure soit la plus fine possible pour que l'innommé, l'invisible soit à la place d'honneur, pour qu'il soit plus difficile pour les spectateurs, comme pour ceux qui vivent au niveau des tropismes, de se laisser distraire par ce qui se passe à la surface. A la surface il n'y a rien, à peu près rien.
Plus la craquelure de la surface est intime, inapparente, plus les drames qui se déploient sous cette surface et que la craquelure révèle sont amples, plus le travail m'intéresse. C'est au déroulement, sous ce qui est familier, sans importance - ce qui s'appelle rien - de ces drames microscopiques insoupçonnés, qui à chaque instant se jouent en nous, que je m'attache. Il stimule mon effort. Il permet de découvrir, sous la carapace de l'apparence rassurante, tout un monde d'actions cachées, une agitation qui est pour moi la trame invisible de notre vie. C'est un peu un travail de sourcier. (...)
Dans toutes mes pièces, l'action est absente, remplacée par le flux et le reflux du langage. (...) Il est vrai que le langage y joue le rôle de détonateur. (...)" (3)
Le théâtre de Nathalie Sarraute est le drame de la parole et ses personnages essayent d'y échapper. Mais c'est toujours dans le rapport à l'Autre que se joue le drame, dans la résistance que le personnage rencontre dans la parole de l'Autre qui devient en tant que "porteur" celui à soumettre ou à éliminer. Celui qui tient la parole, tient aussi à la parole : "Il y tient si fort qu'il ne veut pas qu'on y touche, sinon avec d'infinies précautions. Ces précautions, il les déploie , lui - c'est là son privilège et son tourment - à la fois pour toucher à la parole et pour empêcher que les autres n'y touchent de façon maladroite ou meurtrière." (4) Dans un même mouvement, les textes de Nathalie Sarraute parodient les abus de langage et affirment que la rectitude du langage peut aussi être garante de la bonne marche du monde.
Si l'auteur avoue avoir "mis du temps à [s]'apercevoir que [son] théâtre continuait [ses] romans et qu'[elle] quittait en quelque sorte une scène pour une autre" (5), elle a construit une oeuvre singulièrement théâtrale qui, pour certains, révèle même le potentiel dramatique de l'ensemble de son écriture. Reste que les ponts entre son acte de romancière et celui de dramaturge existent, comme en témoigne le désir des metteurs en scène de porter ses romans à la scène : Tropismes et L'Usage de la parole ont fait l'objet de lectures-spectacles dirigées par Michel Dumoulin en 1986 au Festival d'Avignon, Fruits d'or a été créé par Claude Risac au Conservatoire national d'art dramatique de Paris à l'automne 1974 puis par Elisabeth Chailloux au Théâtre Paris Villette au printemps 1991 et Simone Benmussa a mis en scène Enfance au Théâtre du Rond-Point en 1984.
(1) Nathalie Sarraute L'Ere du soupçon, Gallimard coll. Idées, 1983
(2) propos recueillis par Irène Sadowska-Guillon, Acteurs n°34 mars 1986
(3) Le Gant retourné, conférence de Nathalie Sarraute à l'université de Madison (USA) en 1974, parue dans les Cahiers Renaud-Barrault puis dans la revue Digraphe n°32 en 1984, et dans Théâtre public n°72 en 1986
(4) Lucette Finas dans un entretien avec Nathalie Sarraute, La Quinzaine littéraire n°292 du 16 au 31/12/1978
(5) Nathalie Sarraute, La Quinzaine littéraire n°292 du 16 au 31/12/1978

 

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Pour un oui ou pour un non (1969) ++
Elle est là (1968) ++
C'est beau (1967) ++
Isma ou Ce qui s'appelle rien (1966) ++
Le Mensonge (1965) ++
Le Silence (1964) ++
 

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