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Jean-Luc LAGARCE

1957-1995
Né en 1957 à Héricourt en Haute-Saône, Jean-Luc Lagarce est auteur, metteur en scène et directeur de compagnie. Il s'oriente très tôt vers le théâtre : parallèlement à des études de philosophie au terme desquelles il obtient une maîtrise sur "Théâtre et pouvoir en Occident", il suit les cours du conservatoire d'art dramatique régional de Besançon de 1975 à 1978, puis est élève de Jacques Fornier au Centre de Rencontres théâtrales.
En 1977, il fonde avec des élèves du Conservatoire de Besançon, dont Mireille Herbstmeyer, une troupe de théâtre amateur, Le Théâtre de la Roulotte, qui devient une compagnie professionnelle en 1981 avec Pascale Vurpillot et François Berreur. Son parcours artistique s'inscrit alors dans un riche aller et retour entre ses différentes pratiques théâtrales : de la mise en scène à l'écriture ou parfois de l'écriture à la mise en scène de ses propres textes, en passant par la création au sein de sa compagnie d'une édition, Les Solitaires Intempestifs, qui publie Olivier Py, Elisabeth Mazev, Jean-Luc Lagarce.
Sa première pièce, Carthage encore, est publiée en Tapuscrit en 1980. Depuis, Théâtre Ouvert a toujours soutenu activement sa carrière artistique : sept tapuscrits publiés, mais aussi plusieurs mises en espace, des créations, de nombreuses diffusions au Nouveau Répertoire Dramatique de France Culture de Lucien Attoun.
C'est en 1982 qu'une de ses pièces, Voyage de Madame Knipper vers la Prusse Orientale, est pour la première fois portée à la scène par Jean-Claude Fall au Petit Odéon. Suivront les créations de Noces (Ghislaine Lenoir, Espace Besançon Planoise, 1982), Les Orphelins (Christiane Cohendy, Théâtre Ouvert, 1984), Retour à la citadelle (François Rancillac, Théâtre de Rungis, 1990). Hans Peter Cloos met en espace Derniers Remords avant l'oubli (Théâtre Ouvert, 1990), Rancillac, Les Prétendants (1992), Robert Cantarella, J'étais dans ma maison et j'attendais que la pluie vienne (1994). Jean-Luc Lagarce met lui-même en scène Vagues Souvenirs de l'année de la peste (1983), Histoire d'amour (repérages) (1983), Hollywood (1986), De Saxe, roman (1986), Music-Hall (1990), Histoire d'amour (derniers chapitres) (1991), Les Règles du savoir-vivre dans la société moderne (1994). Il crée également Turandot d'après Gozzi (1981), Phèdre d'après Racine (1982), Préparatifs d'une noce à la campagne d'après Kafka (1984), Les Egarements du coeur et de l'esprit d'après Crébillon fils (1984), Instructions aux domestiques d'après Swift (1986), Dommage qu'elle soit une putain de John Ford (1987), Chroniques maritales d'après Jouhandeau (1988), On purge Bébé ! de Georges Feydeau (1990), La Cantatrice chauve d'Eugène Ionesco (1991), Les Solitaires Intempestifs (collage de textes, 1992), Le Malade imaginaire de Molière (1993), L'Ile des esclaves de Marivaux (1994), La Cagnotte d'Eugène Labiche (1995).
Il est boursier du Centre national des lettres en 1983 et 1988 puis du prix Léonard de Vinci grâce auquel il est accueilli en résidence d'écriture à Berlin en 1990.
Il est par ailleurs l'auteur de deux livrets : Sans titre 1, janvier 1986, sur une chorégraphie de Hideyuki Yano, et de Quichotte, livret d'opéra mis en musique par Mike et Kate Westbrook, d'un scénario : Retour à l'automne (en collaboration avec Gérard Bouisse, 1992), de vidéos : Journal 1 (Montbéliard, 1992), Portrait (primé au festival de Sao Paulo), de récits : L'Apprentissage, Le Voyage à la Haye, Le Bain.
Il meurt brutalement en septembre 1995 des suites de la maladie du SIDA (il avait appris en 1986 qu'il était séropositif). Il venait d'achever son dernier texte Le Pays lointain et travaillait à la mise en scène de Lulu d'après Frank Wedekind, spectacle créé en 1996 par François Berreur.
Dans un article paru dans la Revue d'Esthétique (1), "Du luxe à l'impuissance", Jean-Luc Lagarce définit son rapport au monde dans l'écriture :
"Et parfois, je me sens impuissant. Inutile, dans l'incapacité de tout, restant là à ne plus rien pouvoir faire, faire ou dire. Etre aveugle et sourd et imbécile encore, silencieux de ma propre imbécillité. Attendre et subir mon impuissance. Etre immobile dans l'incapacité de prendre la parole, de prolonger le discours, de répondre, de dire deux ou trois choses imaginées dans la solitude et qu'on pensait essentielles.
Et parfois, je me sens inutile devant le Monde.
Ce que dit la rumeur, l'arrogance omniprésente de la rumeur, ne pas le comprendre, ne pas le comprendre ou ne pas l'admettre, l'imaginer autrement, savoir qu'on doit, qu'il est de mon devoir - se dire ces mots-là : le devoir - savoir qu'il est de mon devoir de le dire d'une autre manière et ne cesser pourtant de buter contre ses reflets. Les gens tels qu'on les voit ou tels qu'on les imagine, ne pas savoir les montrer et ne pas même savoir les regarder, perdre leur secret entrevu sans jamais rien pouvoir en faire. Voir s'échapper l'évidence de leur personne.
Etre fragile et désemparé devant les bruits de la Guerre, les bruits avant-coureurs de la Guerre, les bruits effrayants et si proches de la Guerre, les entendre et ne pas savoir les traduire, les prendre et les donner, en rendre l'exacte incertitude. Etre là, incapable de dire la vérité.
La force terrible du pouvoir, sa puissance cynique, son arrogance, son ricanement et la séduction tranquille dont il nous écrase, ne pas réussir à la dire, l'écrire, en montrer la simple et sourde violence.
Et tenter pourtant de saisir tout cela, de lutter contre mon inadmissible désir de renoncement, mon égoïsme, ma complaisance pour ma propre histoire, contre le confort désinvolte qui me guette, l'abandon parfois à la bonne conscience.
Dans ma propre impuissance, dans mon désarroi, chercher à me rassurer moi-même et aller, résister, aller au-devant des autres désarrois plus grands encore, plus douloureux, plus secrets, interdits, sans le droit à la parole. Prétendre à sa petite mission, l'exercice de ses droits, avoir un devoir, jouer son rôle. Se l'accorder. Etre dans la Cité, être au milieu des autres, avoir le droit immense de pouvoir parler, être responsable de cet orgueil, être conscient de ma force. Ne pas craindre mon propre déséquilibre et mes hésitations.
Raconter le Monde, ma part misérable et infime du Monde, la part qui me revient, l'écrire et la mettre en scène, en construire à peine, une fois encore, l'éclair, la dureté, en dire avec lucidité l'évidence. Montrer sur le théâtre la force exacte qui nous saisit parfois, cela, exactement cela, les hommes et les femmes tels qu'ils sont, la beauté et l'horreur de leurs échanges et la mélancolie aussitôt qui les prend lorsque cette beauté et cette horreur se perdent, s'enfuient et cherchent à se détruire elles-mêmes, effrayées de leurs propres démons. Dire aux autres, s'avancer dans la lumière et redire aux autres, une fois encore, la grâce suspendue de la rencontre, l'arrêt entre deux êtres, l'instant exact de l'amour, la douceur infinie de l'apaisement, tenter de dire à voix basse la pureté parfaite de la Mort à l'oeuvre, le refus de la peur, et le hurlement pourtant, soudain, de la haine, le cri, notre panique et notre détresse d'enfant, et se cacher la tête entre les mains, et la lassitude des corps après le désir, la fatigue après la souffrance et l'épuisement après la terreur."
(1) Revue d'Esthétique n°26 Jeune Théâtre 1994

 

adaptation | livret |  |  | 

adaptation
Les Solitaires intempestifs (1987) ++

livret
Quichotte (1989) ++
Sans titre 1, janvier 1986 (1986) ++

(1992) ++

Le Pays lointain (1995) ++
(1995) ++
(1994) ++
L'Apprentissage (1994) ++
(1993) ++
(1993) ++
Histoire d'amour (Derniers Chapitres) (1990) ++
Juste la fin du monde (1990) ++
(1989) ++
Music-Hall (1988) ++
Derniers Remords avant l'oubli (1987) ++
De Saxe, roman (1985) ++
Hollywood (1984) ++
Les Orphelins (1984) ++
(1983) ++
(1983) ++
(1982) ++
Noce (1982) ++
Les Serviteurs (1981) ++
Voyage de Madame Knipper vers la Prusse Orientale (1980) ++
La Place de l'autre (1980) ++
Carthage, encore (1979) ++
La Photographie ++
Erreur de construction ++
Ici ou ailleurs ++
Le Bain ++
 

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