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DRAGUTIN

En huit années de travail, dans le Nord de la France (Lille, Tourcoing) puis à Cergy-Pontoise au Théâtre 95 qu'il fonde et dirige en 1982, Joël Dragutin a tout d'abord mis en scène nombre de ses contemporains (Vinaver, Kroetz, Georges Michel, Havel...).
Avec sa première pièce, La Baie de Naples (écrite et créée en 1985, jouée à Paris, puis en tournée en France, à Moscou, Leningrad, New-York, Montréal, Manchester, Birmingham), il ouvre le premier volet d'une tétralogie sur le monde contemporain et ses mythes, qu'il interroge principalement à travers le langage, et au moyen de ses tragi-comédies : Eau de Cologne (1988), Le Chant des signes (1992, Cergy-Pontoise, Montréal), Tant d'espace entre nos baisers (1993/1993, Cergy-Pontoise, Paris), Sens Unique (1997 ).
De 1989 à 1996, en écho à ce travail d'écriture, il met en scène différentes scènes du répertoire classique : La Double inconstance de Marivaux, Les caprices de Marianne de Musset, Amphitryon de Molière, Messieurs les ronds de cuir d'après Courteline, Démontages (textes de Breton, Dali, Dubillard, Dubuffet, Michaux...), La querelle de l'Ecole des femmes (textes de Molière, Racine, Corneille, Donnaud de Visée...). En 1998, il met en scène Le mariage de Figaro de Beaumarchais.
Il co-écrit par ailleurs avec François Rollin et met en scène Colères (1995, Cergy-Pontoise, Paris puis tournée en France et à l'étranger).
En 1999/2000, Joël Dragutin signe deux créations : Au pays de la musique perdue et Nouvelle vague.
Après les Chroniques d'un adieu (réécriture de quatre pièces pour la composition d'une fresque théâtrale sur la mythologie contemporaine du bonheur) en mars 2001, il s'attelle à l'écriture d'une nouvelle pièce : Filles ? (titre provisoire) et met en scène Un certain Charles B..

Pourquoi écrivez-vous ?
Réponse (actualisée) à l'interview d'une revue théâtrale ( 1993 ).
Réalisant, dès l'enfance, que je ne serais jamais chanteur à succès ni sportif de haut niveau, mais étant attiré par la scène, je me suis assez vite attelé à l'écriture théâtrale parce que cela , pensai-je, me permettrait de séduire plus facilement les filles ( particulièrement les coiffeuses, les vendeuses, et les serveuses...celles qui ont provoqué mes premiers émois érotiques). Etre « auteur de théâtre » procurait auprès de ces jeunes personnes un réel avantage sur les plombiers, les travailleurs sociaux, les enseignants, les petits commerçants, les coureurs cyclistes et autre corps de métier, tous par ailleurs fort estimables.
J'écris également parce que c'est ce qui me donne sans doute le plaisir le plus authentique et le plus durable.
J'écris pour me surprendre, pour aller au delà de moi-même ; c'est quelquefois un plaisir, plus souvent une souffrance mais aujourd'hui c'est avant tout devenu une nécessité.
J'écris aussi pour des raisons politiques et sociales, pour essayer de résister tant bien que mal à l'aliénation dominante qui se cache sous les paillettes du libéralisme de la société-spectacle.
Cet artisanat de l'écriture, inscrit dans la durée de la pratique théâtrale ( celle de la gestation, de la dramaturgie, puis de l'écrit proprement dit, enfin des lectures à la table, des répétitions...) est un travail inévitablement frappé du sceau de l'obsolescence. Cela me permet d'échapper en partie aux mécanismes d'aliénation d'une société régie essentiellement par l'échange marchand, de prendre du recul et de développer un regard critique, de revendiquer pleinement aussi cette critique-là, avec le moins de concessions possibles à l'art officiel qui régente souvent le monde du spectacle vivant.
Désaliénation, jubilation, mais n'oublions pas, par angélisme, l'ivresse d'une certaine forme de toute-puissance, la sensation mythique de devenir le démiurge d'une univers imaginaire, au travers de la métaphore échappant aux lois du réel, même s'il en est issu...
Lorsque j'écris, j'invente un univers que j'organise et dont je fixe les règles, les lois, la morale.
J'écris aussi parce que je n'avais pas vraiment rencontré jusqu'à présent des textes contemporains qui jouent précisément avec ce que j'avais envie d'explorer : une dissection pertinente des langues de bois des sociétés occidentales, une investigation des dysfonctionnements et délires qu'engendrent nos sociétés-spectacle, un regard critique sur nos mythologies contemporaines...et puis acteur, metteur en scène, auteur, ces différents artisanats que je pratique alternativement, ne procèdent-ils pas du même besoin physiologique de produire des mots et de jouer avec eux ?
Je ne pense pas que j'aurais pris le risque de l'écriture si je vivais dans une société où la pensée était en effervescence. La relative désertification du champ de la critique aujourd'hui m'incite à écrire pour tenter avec d'autres de déclencher, de susciter, peut-être, des écrits fondateurs de nouvelles utopies, des débats essentiels...en bref j'écris plus par nécessité que par vocation, car je ne peux vivre sans essayer de comprendre le monde.

 

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Petits voyages au bout de la rue (2006) ++
Haute Altitude (2000) ++
Sens Unique (1997) ++
Tant d'Espace entre nos baisers (1993) ++
La Baie de Naples (1985 - 1995) ++
 

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