Chupacabra Monceau
de : Michèle SIGAL   
 
Texte écrit en : 2003
 
Résumé :

Chupacabra Monceau raconte l'enquête menée par une journaliste pour tenter de reconstituer l'histoire d'une jeune fille disparue à Ciudad Juarez, ville mexicaine située à la frontière avec le Texas. Cette disparition s'inscrit dans le contexte particulier des meurtres en série perpétrés dans cette ville où sont implantées de nombreuses multinationales qui profitent d'une main-d'oeuvre bon marché. Les victimes sont toutes de jeunes ouvrières.
L'enquête, qui s'apparente à une quête, mène la jeune femme de Ciudad Juarez, paradis de la flexibilité et enfer des ouvrières, au parc Monceau, paisible oasis au coeur d'un quartier privilégié de Paris qui abrite les sièges sociaux de nombreuses multinationales.
Dans le même temps, mais selon un mouvement inverse, comme si nous remontions un fleuve vers sa source, nous suivons le périple donquichottesque du couple Vicente Fox, président du Mexique, et Ernest Antoine Sellières. Après avoir admiré les somptueuses écuries du baron Sellières, Fox invite ce dernier à visiter ses porcheries situées à la frontière entre le Mexique et les États-Unis. L'enjeu du voyage étant la délocalisation d'entreprises françaises dans cette zone franche, où la seule loi est celle du profit. Après avoir coupé à travers le parc Monceau, ils traversent le Mexique à cheval. Chemin faisant, ils entendent d'étranges bruits qui sont autant de signes avant-coureurs annonçant la proximité de ces usines, véritables lieux de sacrifice humain, version capitalisme sauvage, où les mutations économiques entraînent pour ceux qui les subissent les pires mutilations physiques et psychiques.
Tandis qu'au Mexique le baron Sellières conclut l'accord de délocalisation avec Fox, un étrange malaise gagne les riverains et le gardien du parc Monceau. Comme si l'histoire arrivée loin de chez nous réveillait les promeneurs du parc Monceau, eux-mêmes ensablés, engourdis dans une représentation sociale rigide et anachronique.
Le parc lui-même devient une sorte de jungle dans la ville. Le ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy y fera un discours retransmis en direct afin de rassurer les populations troublées. Mais au bout de quelques phrases lui aussi subira une métamorphose.
Le frottement et le va et vient entre les deux mondes révèlent des correspondances et parfois des coïncidences troublantes qui mettent à jour la violence de notre société policée.
L'enquête met à jour une réalité brutale faite de complicité, de lâcheté et de cynisme. Les masques tombent, les métamorphoses s'accomplissent jusqu'au bout, jusqu'à ce que les hommes laissent s'exprimer leur bestialité.
Chupacabra Monceau est construit comme une fugue, ce qui permet de saisir les tensions à l'oeuvre, à travers l'ambivalence des situations et la simultanéité des points de vue, dans un style tragico-burlesque.

 
Thèmes : L'esclavage. La corruption des états. La délocalisation. Les crimes d'état. Les multinationales.
 
Genres : satire politique
 
Personnage(s) : 20
8 femme(s)
12 homme(s)
 
Création(s) :

création radio : Claude Guerre, Mauvais Genre, France Culture, 2004.
 

 
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